Spitzber 2013 : Journal de bord d’une expédition

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Vendredi 30 août :

Départ de Genève, direction Copenhague, Oslo puis enfin Longyearbean. Durant ce dernier vol nous avons vécu un phénomène peu commun, un double couché de soleil! Au départ d’Oslo, le soleil était tombant puis est passé sous l’horizon mais plus nous allions au Nord et plus nous pouvions voir le soleil se rapprocher de l’horizon, nous étions en train de le « rattraper ». Peu avant de survoler Longyearbean, le couché de soleil était de nouveau visible! Voilà qu’en 3 heures nous avions  donc vu le soleil se coucher deux fois. Puis c’est après cet agréable vol, c’est sur un fond de ciel pastel resplendissant que le Spitzberg nous est apparu. Bienvenue au Spitzberg!

Nous avons passé la première nuit à Longyearbean, l’embarquement sur le Polar Pioneer n’était prévu que le second jour. Direction donc un petit hôtel dans lequel les participants de l’expédition étaient tous répartis deux par chambre. N’ayant personne avec qui partager la mienne je pensais que j’en aurais une rien que pour moi. Après quelques minutes seul pourtant, un autre voyageur allait me rejoindre et ce jour-là j’aurais joué à Euromillion, si j’avais su que je partagerais la chambre de Vincent Munier! Autant vous dire que le voyage commençait sous les meilleurs auspices! Après quelques formules d’usage et conversations passionnantes il était pourtant l’heure d’aller dormir, demain c’est le grand jour.

Samedi 31 août :

Par une belle journée, nous descendons vers le Svalbard Museum pour une intéressante introduction à Longyearbyen et au Svalbard. Puis, c’est le départ pour la découverte de la vallée de l’Adventdal (Adventdalen). Point de vue sur le port sur fond d’histoire charbonnière, passage par la petite église luthérienne, l’école aux enfants « encagés » par soucis de protection… contre les ours polaires, le petit cimetière des mineurs morts de la grippe espagnole… La descente par le centre-ville de Longyearbyen (1500 habitants.) et son université nous ramène vers la perspective des sommets: peluches blanches des linaigrettes, chenils pour chiens de traineaux (surtout Husky d’Alaska), installations liées à l’étude des aurores boréales… Nous faisons quelques belles rencontres : lagopèdes blancs immaculés sur fond de toundra et nos premiers rennes (un des plus petits qui existent par rapport au caribou ou au renne lapon), plongeons catmarins et leurs jeunes… Présages de nombreuses et belles rencontres ?…

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 -16h: Il est enfin l’heure d’embarquer à bord des zodiacs pour rejoindre le Polar Pioneer, découverte du bateau et réunions d’information. Après l’exercice obligatoire de sécurité et le teste d’embarquement dans les chaloupes de survie mise en route des moteurs… Nous levons l’ancre à 17h30 et faisons route vers l’Ouest avec de bonnes conditions de mer. Nous passons successivement les falaises de Nordenskiöldfellet, la petite ville de Barentsburg (500 habitants aujourd’hui pour 2400  lorsqu’elle était la capitale russe du Spitzberg), le Cap Linné et sa station de radio maritime. Puis nous longeons l’île du Prince Charles.
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 Dimanche 1er Septembre :

Réveil par 79°54 de latitude Nord et 11°51 de longitude Est au Nord des îles du Nord-Ouest où les baleiniers furent très actifs. Nous avons remonté à l’Ouest de l’île du Prince Charles puis des terres Albert 1er et passé le Randfjorden. Nous allons rentrer dans le Woodfjorden et finalement découvrir le magnifique glacier Monaco. Le ciel est bas, avec un plafond de 200 à 300 m. Le vent souffle à 10 nœuds. La température de l’air est de + 2°C et celle de l’eau de + 4°C.

Nous longeons le plateau de Reinsdyrflya, la plus grande étendue plane de l’île et donc de toundra du Spitzberg, riche d’une population d’eiders, de plus de 500 rennes (sur les près de 8’000 à 10’000 de l’île)… Et c’est l’heure de notre première conférence.

9h15 : CONFÉRENCE : « Introduction au Spitzberg » par Christian Kempf :

Le Spitzberg (littéralement « les montagnes pointues » – Point culminant : 1717m) est l’île principale de l’archipel du Svalbard (« îles aux côtes froides »). L’un ou l’autre des 2 noms est utilisé, selon le pays, pour dénommer ces îles de 62’051 km2. Le Spitzberg, couvert à près de 60% de glace, c’est: 2650 glaciers et la 3e plus grande calotte glaciaire du monde (la Terre du Nord-est est grande comme la Corse…) après l’Antarctique et le Groenland.

La première caractéristique du Spitzberg est son relief montagneux. Ces montagnes et les récits des expéditions au Groenland ont d’ailleurs souvent quelque peu faussé notre idée des terres arctiques constituées en fait à 70% d’étendues relativement planes…

Ses mers représentent sa seconde particularité. L’Océan Glacial Arctique ou Méditerranée polaire baigne le Nord du Spitzberg. Un des bras du courant du Gulf Stream (55 milliards de m3/ seconde contre 400 000 m3/seconde pour l’Amazone en période de hautes eaux et 3000 m3/seconde pour la Seine en crue) rejoint la côte Ouest du Spitzberg. Il la libère de la banquise car l’eau y est à + 4°C… Puis le courant rejoint le courant froid de Sibérie au niveau de l’île à l’Ours. Cela explique la présence fréquente de brume dans cette région tout comme l’échouage sur les côtes du Spitzberg de nombreux troncs charriés par les grands fleuves sibériens.

La richesse de sa faune est la troisième caractéristique du Spitzberg. La faune y est plus riche et plus variée qu’ailleurs car les conditions y sont optimales en ce qui concerne la vie marine pour la production de nourriture : +4°C dans l’eau dans certains secteurs, un plateau continental situé à 300-400 m de profondeur. Les animaux y sont nombreux et assez faciles à observer. Par exemple, la population de mergules nains est estimée à environ 4 millions d’individus ; celle de guillemots de Brünnich à environ 850’000… Ces importantes colonies d’oiseaux produisent de la fiente en abondance. Les falaises très habitées sont facilement repérables car leurs pieds sont très verts… Après avoir été allégrement massacrés souvent presque jusqu’à l’extinction, aujourd’hui 29 sites sont protégés, soit 65% de la superficie terrestre et 85% de la superficie maritime. Les morses sont protégés depuis 1952 et les ours polaires depuis 1973.

L’histoire :

Au Spitzberg, pas d’Inuits car en raison du courant marin transpolaire qui encombre le détroit du Fram de glaces de mer entre le Spitzberg et la côte Est du Groenland, ils n’ont jamais pu rejoindre l’archipel barré par la banquise disloquée…. Tout ce qui concerne d’éventuelles incursions de peuples du Nord de l’Europe reste à confirmer. Seuls les Vikings portent mention de ces îles…

– La première date sûre est 1596 : à un moment où l’Europe est une grande puissance mondiale, la recherche de passages pour les grandes routes commerciales et sa position de « marche pied » vers le Nord (Longyearbyen n’est qu’à 3’350 km de Paris) poussent les Européens vers le Spitzberg. Ainsi Wilhlelm Barents découvre l’île à l’Ours en juin 1596. Puis en 1807, Hudson remarque l’abondance des baleines : « Les baleines s’ébattent ici comme carpes en vivier… ».
–  En 1611, la chasse à la baleine débute: bientôt 832 baleiniers à bord de 140 bateaux tuent environ 3’000 baleines/an… Puis vers 1680, ils sont 10’000 à 20’000… Hollandais (à cette période, certains avaient le choix entre la pendaison ou un hivernage au Spitzberg…), Danois, Anglais, Français, Basques, Allemands… C’est une période pendant laquelle plus de 170’000 baleines seront tuées pour les fanons et la graisse utilisée à Londres, Paris, New York… pour l’éclairage public, faire du savon… Bientôt s’y ajoute la chasse aux morses pour l’ivoire.

– Un autre grand chapitre de l’histoire s’ouvre : «l’ère des trappeurs » : vers 1780, d’abord 100 à 150 trappeurs russes (Pomors et cosaques étaient dispensés d’impôts s’ils s’expatriaient dans ces territoires…) , Norvégiens (littéralement habitants de la route du Nord = nordway…)… Ils tuent bélugas, phoques, morses, ours, rennes, renards polaires, récoltent le duvet et les œufs des oies et eiders… En 1906, le tableau de chasse des trappeurs du Spitzberg est de : 135 morses, 296 ours, 2’888 rennes, environ 6’000 phoques…

– En 1780 du charbon est découvert et c’est le début de son exploitation minière. Vers 1960, Norvège et Union soviétique exploitaient chacune environ 400’000 tonnes/an.
– La recherche scientifique vers ces régions a d’abord été orientée sur la cartographie au XVIII e siècle. Puis elle s’est diversifiée et reste très active. L’institut polaire norvégien est l’un des plus actifs du monde.
– Le tourisme débute à Longyearbyen avec un premier hôtel en 1896… Mais c’est avec les croisières et l’ouverture d’un aéroport qu’il décolla vraiment…

Un arc en brume se forme à tribord (dû à la diffraction de la lumière par les particules d’eau en suspension dans la brume). De petits icebergs ponctuels sortent de temps à autre de la brume et se reflètent sur une mer d’huile.

9h30 : premier embarquement zodiac au glacier d’Éric (Erikbreen).

3 groupes sont formés en fonction des vœux de chacun : le premier groupe fait une sortie zodiac, le second, pour les marcheurs, se dirige vers le glacier Erik et le troisième profite de la vue puis redescend directement vers la toundra en contrebas. Nous marchons d’abord prés de beaux blocs erratiques (ces blocs, tombés des sommets sur les glaciers, sous l’effet du gel, se trouvent transportés par ces derniers, parfois loin de leur roche mère).Puis nous escaladons la moraine frontale pour observer le lac morainique et de belles loupes de solifluction. Cette moraine date de l’avancée du Petit Âge de Glace (épisode d’avancées des glaces entre 1400 et 1820). On observe le lac qui est maintenant retenu dans ce barrage morainique créé par le recul du glacier au cours de ces deux derniers siècles. Sur les pentes nous trouvons quelques « forêts » de saules tapis contre le sol, les coussinets rosés de silène acaule, les dryas, l’oseille (appréciée des trappeurs, comme les airelles et les myrtilles pour améliorer l’ordinaire: biscuits, pain, oignons)… Toutes sont aux limites de la survie et tapissent les lieux les plus abrités du vent. Les plumes et traces du passage des oies sont multiples, car elles ont séjourné là pendant leur période de mue, avant la migration. Les différents aspects du paysage sont évoqués tandis que des labbes parasites nous survolent. Un ancien piège à renards atteste de l’activité de trappe. Deux trappeurs exercent encore aujourd’hui au Spitzberg.

Nous reprenons notre navigation dans de bonnes conditions . A 19h pot du commandant Yuri Gorodnik pour nous souhaiter officiellement la bienvenue à bord !!!

Nous avons également fait une navigation tout en douceur vers l’île de Moffen : une île plate sur des hauts fonds qui est particulièrement appréciée des morses qui sont bien présent aux rendez-vous!

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Lundi 2 Septembre:
Réveil par 80°39 de latitude Nord et 20°50 de longitude Est. Ce matin, nous sommes dans l’archipel des 7 îles avec Phipps à gauche et Martens à droite. La mer est peu agitée. Météo : + 5°C – Vent de 15 noeuds.

9h00 : CONFÉRENCE : « Les Morses » par Alain Desbrosse
Morses, phoques et otaries font partie de la Famille des Pinnipèdes. De son nom scientifique « Odobenus » : celui qui marche sur ses dents ! Or, elles ne lui servent qu’à « faire le beau » ou se défendre. Il n’a pas d’oreilles externes comme l’otarie et il a l’usage de ses pattes antérieures. Son corps est couvert de pelage mais fort peu en période de mue comme c’est le cas actuellement. Il n’a pas très envie d’aller à l’eau à ce moment là (l’eau étant 20 fois plus conductrice que l’air). C’est un mammifère très grégaire. La femelle pèse environ 900 kg et le mâle 1,5 tonne. Malgré son poids, grâce à ses « battoirs » à 5 doigts, il peut escalader des rochers… Par rapport au Spitzberg, les mâles fréquentent plus l’Ouest et les femelles se rencontrent plus à l’Est. Les naissances ont lieu en avril. Les petits sont allaités pendant 2 ans à 2,5 ans. Ceux de l’année n’ont pas encore les dents apparentes mais ceux de l’année passée en portent de petites. Le morse ne peut pas rester plus de 10 minutes sous l’eau. Il se nourrit de mollusques et peut plonger jusqu’à 130 m de profondeur. Il farfouille avec ses nageoires, souffle avec la bouche, fracasse la coquille et la recrache. On a retrouvé près de 2’000 mollusques dans l’estomac d’un morse… On a découvert des preuves indirectes que certains individus, en Baie d’Hudson, chassent le phoque (dents tachées de graisse de phoque)… D’ailleurs, quand il y a des morses, il n’y a pas de phoques. Les défenses des mâles sont plus épaisses que celles des femelles. Il peut vivre une trentaine d’années. Les vieux mâles se repèrent facilement aux taches roses sur leurs cous. Les prédateurs des morses sont l’orque, l’ours pour les jeunes et l’homme… Il a fait l’objet d’un massacre terrible pour ses défenses et a été quasi exterminé jusqu’en 1952 (il n’en restait plus alors qu’une centaine). Mais sa population est maintenant croissante. On l’estime à environ 1’500 individus au Spitzberg sur les 250’000 mondiaux.

10h00 : Sortie zodiac « morses et… ours »???

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Un groupe d’une centaine de morses se prélasse sur la plage. Et si nous ne débarquons pas, c’est seulement que 4 ours ont été repérés aux alentours… Seront-ils coopératifs? Notre attention se porte d’abord sur les morses. Grégaires, ils se pressent les uns contre les autres, sur les autres… Les nageoires s’agitent, on se gratte, on se tortille, on se bouscule, on menace le voisin… Le groupe est constitué majoritairement de mâles mais quelques jeunes s’extirpent de temps à autre par curiosité pour mieux nous voir. Quelques individus pêchent à peu de distance et sortent régulièrement leurs vibrisses et défenses dégoulinantes hors de l’eau pour nous regarder.
Puis les zodiacs filent vers un secteur de plages surélevées vers lesquels descend l’un des ours. Il sera notre première « star » car, non content de suivre longuement le rivage, il va venir tout au bord de l’eau sur un rocher. C’est-à-dire, tout près de nous… Sa grande silhouette claire se détache sur fond de roches sombres et d’embruns. Le spectacle est parfait. Nous regagnons le bord vers midi avec un large sourire, le premier ours… C’est fait! Les photos ont été difficiles, la houle a rendu le zodiac vraiment instable mais le premier contact est établi!

15h00 : CONFÉRENCE : « Régions polaires, Arctique et Antarctique » par Samuel Blanc

16h30 : Croisière zodiac dans le Ripjford

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Un ours polaire a été obervé à la Passserelle du Polar Pioneer en train de nager puis des morses sur un iceberg ont été repérés. Il est l’heure de retourner faire quelques photos. Nous n’avons pas poursuivis l’ours en train de nager pour des raisons évidentes. Nous ne sommes pas là pour harasser la faune mais pour l’observer. Suivre l’ours avec nos zodiak aurait pu le stresser, l’épuiser voir le tuer. Nous avons donc choisit de nous orienter sur les morses. Une mère et un jeune, sur un iceberg, avec une belle lumière rosée de fin de journée… tout ce qu’il faut pour de belles photos de morses!

20h30 : Après le dîner, nous ressortons en 2 groupes : tandis qu’un groupe explorera le Ripbfjord et les abords du glacier en zodiac ; l’autre débarquera près du glacier Ripjbreen pour aller jusqu’au sommet offrant un beau panorama. Les 2 groupes vont rentrer avec des souvenirs inoubliables plein la tête… Le groupe en zodiac dont je faisait partie aura eu la chance d’observer des phoques barbus et d’avoir une vue sur le glacier absolument incroyable avec un ciel dont les tonalités de rose sont à peine imaginables alors que le glacier lui-même devenait d’un bleu-vert indescriptible! Quant au groupe partis pour une petite marche, ils auront eu la chance de voir passer les silhouettes d’un énorme banc de bélugas dans le soleil couchant.

A 23h tout le monde est à bord et nous profitons d’une sublime lumière. Bientôt la cinquantaine de belugas réapparaissent au pied de la falaise entre les 2 glaciers. Les dos blancs apparaissent par intermittence, un nuage de mouettes voletant au-dessus sur fond de falaise sombre… Rajoutant à la magie du moment… Nous quittons le fjord dans un flamboiement pastel de ciel et de reflets pour faire route vers le Nord… nous avons eu ce soir-là des couleurs et lumières vraiment extraordinaires!

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Mardi 3 septembre:

Réveil par 81°45 de latitude Nord et 22°04 de longitude Est. Nous sommes sur l’Océan Glacial Arctique, à 64 milles (plus de 110 km) des 7 îles. Nous continuons notre route vers la banquise que nous devrions trouver vers 82-83° de latitude Nord. Nous venons d’atteindre le brouillard annonciateur de la banquise… La visibilité est de 100-200 m. Températures: + 2°C dans l’air – + 2°C dans l’eau.

10h30 : Conseils Photos de Vincent Munier

La présentation commence par des photos de rêve… Vincent nous explique comment se fait sa quête de ces moments rares et intenses qu’il sait si bien nous faire partager… Faite de solitude absolue dans ces régions de grands froids où la nature se donne à qui sait se fondre en elle dans une parfaite symbiose. Alors, très loin de la « civilisation », des villes et des fusils, il reçoit des visites impromptues, dépourvues de crainte et parvient à côtoyer de très près ses voisins: lièvres arctiques ou renards polaires curieux et même le mythique loup blanc… Et à saisir des moments d’intimité avec une faune d’exception car nous sommes transportés à la fois dans l’espace avec les loups blancs de l’Arctique canadien que dans le temps avec les bœufs musqués contemporains des mammouths à l’ère glaciaire… Après les loups du bout du monde, c’est en vidéo que nous continuons le voyage en passant le plateau tibétain et ses yaks sauvages… Nous finissons par des conseils techniques liés aux lumières et au post-traitement des photos.

Nous nous dirigeons à 12 nœuds vers la banquise pour la longer doucement et finalement y faire une incursion. Nous passons par alternance de la brume à des plaques de glace mouvantes et inversement…

11h45 : Nous arrivons à la banquise !!! Nous cherchons les ours…tout le monde sort les jumelles!

11h50 : 1er ours repéré dans la banquise fractionnée… Sera-t-il craintif, indifférent, curieux ??? Il s’avère rapidement fort curieux. Il nous offre un beau spectacle et finit à quelques mètres du Polar Pioneer arrêté. Puis un second ours est annoncé, lui aussi est curieux et vient voir le bateau. Mais devant la présence du premier, il file sans demander son reste. Et… Un 3e ours se dirige vers nous. Celui-ci aussi est intéressé et rejoint le 1er ours à peu de distance du bateau. Ils nous offrent alors un spectacle exceptionnel de joutes variées dont de belles empoignades au corps à corps, tous deux dressés sur leurs pattes arrières… Le déjeuner prévu à 12h30 est reporté à 13h30… 13h40…

A 14h30, la navigation reprend, les 2 ours sont toujours là. La lumière est de la partie et le milieu totalement conforme à l’écotone de l’ours polaire. Les 2 ours sont toujours à peu de distance l’un de l’autre. Encore quelques contacts, on se teste… Puis l’un des deux s’en va et se perd dans le brouillard… Mais notre premier ours de la banquise n’avait pas dit son dernier mot et il nous a encore gratifié de sauts, d’une traversée à la nage et de toutes sortes de contorsions pour se sécher… MERCI !!!

Dans la banquise, on ne voit pas le temps passer tandis que les plaques de glace s’engouffrent bruyamment sous l’étrave du bateau.
Cette navigation hors de l’ordinaire se poursuit. Nous rencontrons de temps à autre des mouettes ivoire, juvéniles et adultes. Elles sont régulières dans ce milieu de banquise, à proximité des ours pourvoyeurs de leur approvisionnement… Finalement le temps s’assombrit…


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17h30 : CONFÉRENCE sur « La banquise » par Christian Genillard

Les informations fournies par les radars et les cartes… Notamment le fait que nous naviguons actuellement hors carte… en raison de la fonte de la banquise… Mais possédons quelques informations fournies par des relevés anglais, notamment sur les profondeurs : nous avons quitté le plateau continental, passant ainsi de 300-400 m à 2242 – 3450 m de profondeur…

A ce moment là, Alain se penche pour annoncer « un ours en vue » Autrement dit… fin de la conférence.

Effectivement un ours de belle allure arrive calmement vers nous, majestueux, en pleine phase d’économie d’énergie. Il choisit ses plaques de glace avec soin, nous observant et étudiant les odeurs régulièrement. Il finit par s’arrêter et, à peu de distance, il nous offre le « show » essorage de poils : s’aplatit au sol, se tortille fesses en l’air, se roule les « 4 fers en l’air », s’approche encore plus, gratte la glace pour boire… Finalement, quelques centaines, quelques milliers de photos… plus tard, il se dirige vers un hummock, le fait sien… Nous resterons là, à l’arrêt pour passer la soirée et la nuit.

Après le dîner : plus de banquise, l’eau est dégagée par plus de 82° de latitude Nord… Nous sommes en pleine brume avec une visibilité très réduite.

Mercredi 4 Septembre :

Réveil par 82°46 de latitude Nord et 21°40 de longitude Est – Après une nuit tranquille, moteurs coupés, nous nous trouvons à 2 miles (soit 3,7 km) plus à l’Ouest à cause du courant et d’un très léger vent d’Ouest. La température est de + 1°C avec du brouillard. Attention ça glisse à l’extérieur, les ponts sont gelés! Nous sommes dans la banquise éparse, hier elle était plus compacte. Nous continuons en direction du Nord-ouest et nous préparons pour une sortie zodiac. Vers midi le vent devrait se lever plus au Sud et nous irons alors vers les plaques plus au Sud pour une meilleure visibilité.

Après le petit-déjeuner, un bel arc-en-brume complet apparait au dessus de l’avant du bateau. Nous arrivons sur la banquise bien compacte et la visibilité s’améliore. C’est un bon biotope pour l’ours. Les augures sont bonnes…

D’ailleurs un quart d’heure après, une femelle et deux jeunes sont repérés… Hourra !!! Mais chut… Le bateau avance au ralenti puis s’arrête. Les 2 petits tètent puis font une petite sieste… Nous attendons que la mère s’habitue à notre présence puis le bateau recule lentement, pousse doucement quelques plaques de glace et s’approche au ralenti. La mère et ses jeunes viennent voir… Quelques merveilleux moments de tendresse, d’espièglerie et d’intimité sont alors partagés… Puis la mère s’éloigne, il faut passer à l’eau et les 2 rejetons se font quelque peu prier… Puis ils se jettent à l’eau et rejoignent leur mère avec force commentaires… Les appareils photos s’activent avec enthousiasme… les photographes sont concentrés. La nature nous sourit et les yeux brillent…

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Nous continuons notre route… 82°50 de latitude Nord, nous sommes à moins de 800 km du Pôle Nord… La banquise est de plus en plus structurée.

11h30 : Débarquement sur la banquise.

La lumière est belle et une solide plaque de glace s’offre à nous. Une surveillance pointue est mise en place concernant nos amis les ours. Le débarquement commence dans cet univers de glace et de pureté. C’est presque « religieusement » que certains débarquent pour fouler LA banquise. Une brume légère et diffuse barre l’horizon à 360° autour de nous mais notre secteur est bien lumineux. Les explications se font sous un superbe arc en brume avec face à nous la silhouette du Polar Pioneer en ombres chinoises… Finalement, c’est un verre à la main que nous finirons notre dégustation de ce moment magique…

15h30 : Lors de notre récapitulatif un bilan est fait : Nous sommes très, très au Nord à 82°53 minutes de latitude Nord soit à 790 km du Pôle Nord… Et pendant que nous marchions sur la banquise, le GPS posé au sol a noté un déplacement de 600 m vers le Nord-Nord-ouest en à peu près une heure, ce qui donne : 12 à 14 km/jour de dérive. Puis le programme à venir et les motifs de son choix sont évoqués.

17h : 14e ours rencontré… Il a été rapidement effrayé. Nous repartons et très vite Chris aperçoit le 15e derrière le bateau… Nous sommes en pleine banquise et le paysage est en perpétuel mouvement : le gigantesque puzzle en glace s’anime, ponctué d’hummocks (ou crêtes de compression), les dégradés du ciel se mêlent tout en nuances… La banquise respire et soupire… Il faut l’entendre et la vivre avant qu’elle ne meurt…

18h30 : CONFÉRENCE : « L’ours blanc » par Christian Kempf
Les 2 petits de ce matin sont nés en décembre dans le fond d’une tanière. Quand il y a peu de neige, elle fait à peu près un mètre de profondeur ce qui rend aléatoire le fait de garder la température à 0°C à l’intérieur contrairement à une tanière qui en fait de 4 à 12 mètres de profondeur.
Ursus arctos maritimus: il a donné son nom à l’Arctique tandis que l’anti-Arctique = l’Antarctique (grecs).

Les oursons pèsent environ 400 grammes à la naissance. Au Spitzberg, les femelles adulte atteignent 150-250 kilos, les mâles jusqu’à 350-400 kilos. Mais les femelles perdent jusqu’à 50% de leur poids entre mi-décembre et fin avril à cause de l’allaitement.
La mortalité chez les oursons est élevée. 50% la première année.Et les femelles ne s’accouplent pas tous les ans puisque le sevrage dure 2 ans et qu’elle élève seule les petits. Les oursons sont très encadrés par leur mère qui leur apprend tout, la nage, la banquise, la chasse, la survie…

Comme chez les lions, les mâles adultes sont un danger pour les oursons qu’ils rencontre et qu’il n’hésitent pas à tuer pour favoriser les femelles à être en chaleur et ainsi se reproduire.

Bien qu’il fasse partie des super prédateurs, l’ours blanc n’a qu’un taux de 5% de réussite environ lorsqu’il chasse. Un ours blanc à besoin d’environ 3kilos de viande par jour. Mais quand il se nourrit de viande, il mange beaucoup plus, jusqu’à 30 kilos de viande en un seul repas. Puis passe plusieurs jours ou semaine sans s’alimenter. Ses proies de prédilections sont les phoques, qu’il attend sur la banquise aux trous de respiration. il essaie alors de les attraper quand ils viennent respirer.

Leur population est lourdement menacée : pas par une pollution lourde mais à cause des pesticides, il ne reste que 11 % des femelles de plus de 15 ans…  C’est avant tout un animal de mer qui vit dans des conditions extrêmes. C’est le plus grand carnivore terrestre du monde: Nord du Canada, Spitzberg… où il se nourrit à 90 % de viande mais aussi herbes, algues, baies… Au Spitzberg: 94 % de la population est exclusivement carnivore. Il y a des variations de taille par rapport au milieu.  Nanuk (l’ours en dialecte inuit) parcourt 3500 à 5000 km/an en marchant à 6 à 8 km/h et il est capable de nager plus de 200km en une seule fois! C’est le meilleur symbole de l’Arctique mais on les trouve en nombre aux limites de la toundra à la taïga…

Pendant le dîner un 16e ours fait son apparition. C’est un grand gabarit… timide. Sa grande silhouette disparaît dans la brume…

Après dîner, Vincent nous présente son film sur les loups d’Abyssinie, un documentaire exceptionnel. Quelle belle journée !!!

Jeudi 5 Septembre :

Réveil par 82°44 de latitude Nord et 22°15 de longitude Est – Jusque vers 5 h du matin le ciel était dégagé puis la brume est tombée. Nous n’avons pas eu de visite d’ours cette nuit. Nous naviguons dans la brume avec un halo ce qui signifie qu’elle va se lever. Nous sommes en route vers l’île Charles XII, perdue dans l’océan. Nous l’atteindrons aujourd’hui et l’île Blanche demain. Le temps est particulièrement bouché, une couche de brume importante sur 50 à 100 m de hauteur – Températures : air +1°C et eau +1°C – Vent faible.

Mais la magie de la banquise opère et bientôt le voile se lève de plus en plus sur les grandes plaques de glace disloquées qui ondulent doucement au gré de la houle… Et c’est juste à l’heure de la conférence de Chris que notre 17e ours est annoncé… Branlebas de combat pour observer le grand maître des lieux qui, faisant fi du bateau, continue son chemin, impérial… Il se laisse approcher et saisir de belles séquences de son quotidien : il s’allonge, se roule, se déplace nonchalamment, un petit saut pour passer d’une plaque à l’autre… Le soleil pointe, la glace est partout, l’ours se détache sur fond d’hummock et de brume, une perfection de milieu à ours dans une lumière superbe…

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Finalement nous sortons progressivement de la banquise… à regret, mais certains d’en avoir profité au maximum… la prochaine fois j’espère y passer une semaine entière au moins. Ca laisse un petit pincement au cœur de quitter ce milieu hors du commun et absolument fascinant.

11h00: CONFÉRENCE : « Nansen et la dérive du Fram» par Christian Genillard

15h30: CONFÉRENCE : « Nobile, en dirigeable vers le Pôle» par Christian Kempf

18h30: CONFÉRENCE : « En ballon vers le Pôle, l’expédition d’Andrée » par Christian Genillard

En 1897, 3 suédois : Salomon Andrée (ingénieur et aéronaute passionné par les montgolfières), Nils Strindberg et Knut Fraenkel font une tentative pour atteindre le Pôle Nord avec un ballon à hydrogène de 4’800 m3. C’est Alfred Nobel et le roi Oscar II de Suède qui ont soutenu l’expédition par ailleurs très médiatisée… Ils partent de l’Ile des Danois (Danskoya) où les vestiges du hangar et des installations sont encore bien visibles. Le départ a lieu le 11 juillet, les conditions sont à peine favorable, leur équipement (vêtements, bottes… très relativement adaptés…). Le périple se termine, après 3 jours, 500 km plus loin quand le ballon alourdi par le givre finit par s’écraser sur la banquise vers 83° N. Le retour vers le Spitzberg durera presque 3 mois et sera épuisant. Ils ont fini par parvenir jusqu’à l’île Blanche où ils vont mourir à bout de force. En 1930, on retrouvera les restes de l’expédition Andrée sur le cap qui porte son nom… Après son intervention, Chris nous présente un film d’archives fort intéressant.

21h30: Sortie zodiac vers Charles XII – Notre première approche se fait en direction d’un ours endormi au pied de la colonie d’oiseaux établis sur la falaise du pont culminant de l’île (105 m). Le malheureux, qui bientôt se lève, est en bien mauvaise forme et n’a plus que la peau sur les os. Il a l’air vraiment affamé et affaiblit.

Vendredi 6 Septembre :

Réveil par 80°05 de latitude Nord et 31°15 de longitude Est – Nous sommes juste face au cap Andrée devant l’île Blanche et ses 700 km2 de glace. Nous avons une bonne température, le ciel est quasi bleu. Les conditions météo sont bonnes. Il y a un peu de houle du Sud-est, il faudra s’asseoir de suite dans le zodiac. Nous partons pour 2h pour profiter un maximum de Kvitoya : ses 60 km de front de glace, ses baies (plus calmes, elles seront parfaites pour la photos). Nous avons déjà repéré 3 ours et des morses…

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8h45: Embarquement zodiac vers l’île Blanche : La houle est un peu formée, l’embarquement un peu « rock’n’roll » mais la navigation en zodiac vers Kvitoya est très agréable. Nous nous dirigeons d’abord vers un ours et un groupe de morses. Le ciel est bleu, la température idéale et c’est le début d’une bien belle matinée en zodiac… Passant d’une baie à l’autre vers le front de glace qui brille au soleil, par endroits, à notre gauche. C’est un vrai festival : un ours tout près des morses qui se déplace jusqu’à être tout proche du monument pour Andrée… Puis un autre ours et un 3e … Et des morses, des morses: partout des têtes curieuses qui se bousculent pour nous voir… des jeunes qui s’approchent tout près des zodiacs et s’amusent à se faire peur, des mères qui tentent d’éloigner les petits curieux… Certains présentent de belles dents. C’est un joyeux désordre de têtes, de vibrisses, de nageoires, de gerbes d’eau… Il est bien difficile de s’arracher à ce spectacle… Mais plus loin, encore un ours et… jusqu’à 8…, des morses encore des morses, des labbes pommarins nous survolent… Le tout sur un fond de calotte glaciaire (700 km2) zébrée de bédières par lesquelles s’écoule l’eau de fonte…

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15h30: CONFÉRENCE :« Roald Amundsen et la Norvège à l’asssaut des Pôles» par Samuel Blanc

Ce personnage extraordinaire habité par des rêves de Pôle dès son enfance, bercée par les exploits de Nansen, est né en 1872 à Borge. Il est attiré par la mer comme son père qu’il perd à l’âge de 14 ans. Élevé par sa mère, qui le voyait médecin, il fait ces études là mais se forme et s’entraîne pendant toutes ses vacances (raids en montagne, engagement sur des phoquiers…) pour réaliser son rêve : devenir explorateur polaire… Il se fait remarquer pour ses qualités de marin. Réussit à avoir le soutien de Nansen qui lui passe son Fram… Et l’aventure continue jusqu’à ce qu’il devienne le plus grand explorateur polaire…

Nous longeons la barrière de glace de la Terre du Nord-est. Elle s’étire sur 160 km…

20h30: Sortie zodiac vers la barrière de glace de la Terre du Nord-est :

C’est sur une eau rouge et limoneuse que nous embarquons. Nous louvoyons entre bourguignons (morceaux de glace résiduels de la taille des tonneaux de vin bourguignon de 228 l… d’où le nom…) et icebergs. Le vent est tombé et ces derniers jouent les yoyos sur de grandes rides de houles. On dirait une respiration tranquille… Le ciel présente une palette de gris en dégradé sur laquelle se détachent les silhouettes sculpturales des icebergs. Certains sont très bleus. En effet, l’eau qui constitue la glace, absorbe toutes les couleurs de l’arc en ciel à l’exception du bleu (d’où le bleu de la mer, du ciel…). Plus la glace est compressée et dure, moins elle à d’air, et plus elle nous apparaîtra bleue. Ainsi une glace blanche est jeune et peu comprimée ; une glace bleue-violacée est ancienne et très compressée. De même, quand un glacier vêle, la glace « intérieure », mise à vif, est bleue, mais très vite au contact de l’air ce dernier pénètre la glace, qui ainsi blanchit. Certains portent encore les traces rouges de la moraine. Et puis, il y a les visiteurs : un phoque barbu, des pétrels fulmars qui suivent un peu le zodiac… Nous rentrons bientôt voguant vers les lumières du Polar Pioneer… Encore une belle journée…

Samedi 7 Septembre :

Belle météo – +3°C – Réveil dans le détroit d’Hinlopen (100 km de long) qui sépare l’île du Spitzberg de la Terre du Nord-Est. On se rapproche à petite vitesse du « château en ruine ». Les majestueuses orgues basaltiques d’Alkefjellet (environ 350 m) abritent d’importantes colonies d’oiseaux (environ 200’000 guillemots de Brünnich et mouettes tridactyles) répartis par espèces sur les falaises.

10h00 : CONFÉRENCE : « Les baleines » par Samuel Blanc

Les cétacés sont apparus en passant du milieu terrestre au milieu marin. On distingue les cétacés à dents ou Odontocètes et les cétacés à fanons ou Mysticètes.
– Les Odontocètes sont grégaires, par 3 ou 4 ou plus. Ils sont de petite taille, ont un évent, possèdent des dents et sont des chasseurs actifs (ils chassent par écholocation). Le dauphin, le marsouin, l’orque et le cachalot (exception par la taille) appartiennent à ce groupe. Le beluga et le narval appartiennent au sous- groupe des Monodontidés.

– Les Mysticètes sont solitaires ou vivent en petits groupes. Ils sont de grande taille, possèdent 2 évents, des fanons et sont donc des filtreurs. La baleine franche, la baleine grise, la baleine à bosse (ou mégaptère), la baleine bleue (la plus grande) constituent ce groupe…

9h00: Débarquement dans de le Lomfjord prévu… Mais vite annulé car il est occupé par une mère et ses 2 oursons au poil bien blanc… 2 zodiacs sont partis en reconnaissance pour voir sa réaction… Elle a eu un comportement étrange. Elle est d’abord montée mais ne voulait pas faire d’alpinisme avec ses jeunes. Puis elle a voulu partir en marchant le long du fjord mais elle s’est posée, humant avec insistance sans regarder les zodiacs alors que nous les pensions considérés comme à risques pour elle. Elle regardait avec insistance beaucoup plus loin. En fait, un ours, encore invisible pour nous, arrivait… C’était bien plus dangereux effectivement pour les petits…

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15h30: Débarquement dans de le Murchinsonfjord : 3 groupes sont constitués au départ de la station scientifique danoise, l’un part en zodiac dans l’espoir entre autres de voir des phoques et c’est un vrai festival auquel ils vont assister. En effet, 2 phoques barbus curieux et amicaux vont venir les voir… à toucher le zodiac pour le plus intéressé des 2… Les 2e et 3e groupes vont marcher : les uns vers un plateau et un petit lac, les autres vers un sommet dominant le fjord. Nous découvrons tous les secrets de l’incroyable flore du Spitzberg, passons par des secteurs de sols polygonaux (créés par la succession des gels et dégels qui finit par trier les éléments fins, les petits cailloux et les plus gros…), une belle petite randonnée qui fait du bien aux jambes!

17h00: Sortie zodiac d’exploration dans le Murchinsonfjord… Magnifique une fois de plus avec des phoques barbus qui sont venus presque au contact des zodiacs.

Dimanche 8 Septembre :

Réveil par 79°43 de latitude Nord et 10°55 de longitude Est – Nous sommes entre l’île d’Amsterdam et l’île des Danois. C’était le grand secteur des baleiniers, un monde de neige et de tempêtes… C’est aussi le lieu d’où est partie l’expédition d’Andrée. Ce matin, les sommets sont saupoudrés de neige et les reliefs ressortent bien. C’est une ambiance cotonneuse, très automnale – Températures : air + 2°C – eau + 3°C – Pas de vent.

9h00: Sortie zodiac et débarquement à Smeerenburg en 3 temps:

– Approche de phoques : Nous faisons de belles observations de phoques veaux-marins sur les cailloux d’une petite crique. Ces phoques des régions tempérées fréquentent la baie de Somme et la baie du Mont-Saint-Michel… Une petite population vit là sur la côte Ouest du Spitzberg car il n’y gèle pas l’hiver. Les plus petits également les plus clairs sont les jeunes. Les plus gros et plus sombres sont les adultes. Sous leur ventre, si on voit 2 trous, c’est un mâle (le nombril et le pénis). Le ventre de la femelle présente 3 trous (le nombril et les 2 tétines…). Pour se nourrir, les phoques patrouillent dans les forêts de laminaires (2 à 3 m de haut) à la recherche de poissons. Il intéressant de noter la luxuriance du milieu marin par rapport au « désert » des côtes et îles.

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– Croisière zodiac devant Virgohamna : Là, à l’abri du vent et des tempêtes, un petit tumulus surmonté d’une croix marque le lieu aujourd’hui historique qu’Andrée a utilisé comme camp de départ pour son expédition en ballon vers le pôle Nord en 1897 avant Wellman (1906). On peut encore y voir des planches de l’ancien hangar construit pour le ballon et des morceaux de porcelaine, débris des «réservoirs à hydrogène…

– Débarquement à Smeerenburg: Sur l’île d’Amsterdam, la ville de Smeerenburg (littéralement la ville de la graisse) fut implantée par les Hollandais en 1617. C’est une sorte de « pied de nez » à l’histoire que d’aller voir des morses sur l’un des hauts lieux de la chasse à la baleine et aux morses… Pour Christian et l’équipe de Grands Espaces, c’est la première fois que des morses sont présents sur la plage de Smeerenburg. Tout un symbole !

Cela signifie que tout doucement la population croit et recolonise ses terres de prédilection. Nous faisons une approche en ligne puis les observons dans l’eau.

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Après quoi le Polar Pioneer repart et nous naviguons dans le Smeerenburgfjord avec le projet de débarquer au niveau du glacier de Smeerenburgbreen. Mais une pluie battante, rendant la marche sur le glacier impossible, nous continuons notre route vers la baie de la Madeleine. Bientôt les « montagnes pointues » nous apparaissent avec des écharpes de brume… Le temps change si vite dans ces régions…

Nous arrivons dans la baie de la Madeleine et y pénétrons jusqu’au glacier  Waggonwaybreen.

17h00: Sortie zodiac vers le glacier de Waggonwaybreen : Le vent est tombé et les sommets (1100 m) saupoudrés de neige se reflètent dans l’eau. Nous avançons vers le glacier dans un brash conséquent, avec de temps à autre un iceberg. C’est si calme que l’on peut entendre le crépitement de la glace qui, en fondant, libèrent de petites bulles d’air. Nous croisons : eiders, sternes arctiques, goélands bourgmestres (adultes et juvéniles), guillemots à miroir dont certains en plumage d’hiver… Le front de glace décline une belle symphonie de bleu, synonyme d’activité récente, tout comme la présence de tout ce brash… Et bientôt de spectaculaires craquements, grondements retentissent… Nous avons alors droit à de superbes vêlages. Puis c’est la mer qui réagit : les vagues créées par les chutes des blocs de glace se fracassent sur les rivages, le brash porté par les ondes de houles s’entrechoquent… Spectaculaire !!!

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19h30 : Dîner Barbecue sur le pont – Un moment convivial et joyeux partagé dans un cadre époustouflant… L’équipe de cuisine et l’équipage se sont encore surpassés pour nous offrir un magnifique BBQ, buffet de salades et vin chaud au milieu de ce décor irréel.

 

Lundi 9 Septembre :

Réveil par 79°08 de latitude Nord et 11°40 de longitude Est – Nous sommes près de la baie de la Croix et du fjord de Tinayre en route vers le glacier du 14 juillet, en Terre Albert Ier. Nous allons arriver au camp Zoé. Le plafond est bas (150-200m) et cache les beaux sommets. Mais la température est clémente. Températures : + 5°C pour l’air et +4°C pour l’eau – Peu de vent.

9h00: Sortie zodiac et débarquement au camp Zoé dans la baie de Tinayre

Nous montons tous ensemble vers une hutte de trappeurs. Puis 3 groupes se forment. Certains vont en zodiac vers le glacier. D’autres montent un peu. Et le 3e groupe va encore plus haut… Il y a des rennes. Un petit détail… Il pleut… Au départ pas mal, puis le temps s’éclaircit et bientôt quelques rayons de soleil pointent.

Navigation dans le Lilliehöökfjord dans une superbe lumière…

Spitzberg1044_09091314h00: Sortie zodiac vers le glacier Lilliehöökbreen : La lumière est superbe et cet « amphithéâtre » de montagnes pointues se reflétant dans le brash : exceptionnel. C’est notre dernière croisière zodiac et c’est vraiment un bouquet final avec des vêlages spectaculaires…

Après cette dernière sortie, l’heure est venue retourner une dernière fois à bord du Polar Pioneer. Demain nous débarquons en début de matinée à Longyearbean mais avant cela il faut refaire les valises, ranger le matériel photo et régler la note du bar dont je n’a pas détaillé les soirées interminables dans ce journal de bord, elles font partie des moment que l’on garde pour soit…

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