Dovrefjell 2016 : Expédition au coeur de la Norvège

NorwayApprendre à repousser mes limites et découvrir de nouveaux horizons, voilà ce que je suis allé chercher en partant en bivouac en Norvège, dans le parc national du Dovrefjell avec l’équipe de Mountainlight.fr. A une saison où les hauts plateaux de la Norvège ne sont que déserts de neige et de glace, où la température oscille entre 0°C et -25°C et où les vents des terres rencontrent ceux de l’Atlantique. Là où la visibilité n’est souvent que de quelques mètres, lorsque la neige vol et que nuages et brouillard recouvrent ciel et terre. Découvrir de nouveaux horizons lors d’une expérience inédite, voilà les raisons qui m’ont poussé à participer à cette expédition. Sur les traces des bœufs musqués, fantômes de la toundra, nous avons passé cinq nuits dans ce magnifique parc national, dont trois nuit en bivouac.

Voici un récit, jour après jour, de cette merveilleuse aventure…

6 février : En route pour le Nord

Après un vol Genève – Oslo sans encombre, si ce n’est 2h30 de retard, nous sommes arrivés à destination samedi soir en Norvège. Dominique, Olivier et moi tous trois partis de Genève y avons rejoint Christophe, le quatrième membre de l’expédition ainsi que Patrick Delieutraz et Sylvain Dussand, nos deux guides, qui nous attendaient à l’aéroport. Malheureusement, les 4 pulkkas qui contiennent tout le matériel de camping ainsi que les rations de nourriture ne sont pas arrivées avec nous et ne nous serons livrées que demain soir. Nous prenons donc le véhicule de location en direction du parc national du Dovrefjell, il nous reste  environ quatre heures de route pour rejoindre le chalet dans lequel nous passerons la première nuit.

7 février : Les premiers boeufs musqués

IMG_7099Ce matin, debout à 7h30. Nous aurions dû partir en bivouac dès ce matin pour cinq nuits sous tente mais étant donné que nous n’avons pas encore reçu le matériel de camping, nous partons en randonnée pour la journée avec les raquettes et le matériel photo sur le dos, direction le sommet du mont Høgsnyta.

Dovrefjell025_070216Environ 1h30 de montée dans une neige tantôt poudreuse, tantôt gelée, un vent de plus en plus violent se lève et ralentis notre avancée. Mais qu’importe, même si le programme du jour n’est pas celui prévu, nous voilà déjà sur les traces des bœufs musqués dont nous trouvons trois individus non loin du sommet. L’émotion est vraiment forte. Non seulement les paysages sont magnifiques mais la météo nous offre une ambiance vraiment incroyable. Nous les suivons à distance pendant un long moment avant de redescendre alors que le vent souffle de plus en plus fort et que la visibilité au sommet devient quasi nulle.

Un petit encas dans la neige pendant une pause bienvenue, à l’abri de la montagne, avant de retourner au chalet histoire de partager nos premières émotions et de profiter du calme de la nature qui nous entoure.

Le soir, les pulkkas étant arrivées, nous préparons tout le matériel qui nous servira au bivouac ces prochains jours. Vêtements, réchauds, tentes, matelas, rations de nourriture lyophilisées et bien entendu matériel photo. Les pulkkas sont bien chargées. Mais au moment d’aller se coucher, Sylvain nous annonce qu’il a observé une petite aurore boréale. Il nous propose donc de nous emmener un peu plus loin en voiture pour essayer de l’observer et prendre quelques photos. Comment refuser?! Ce n’est certainement pas l’aurore du siècle, elle est même plutôt faible, mais quel bonheur d’observer enfin ma première aurore boréale! De retour au chalet, il est temps d’aller se coucher, les prochains jours ne seront certainement pas de tout repos!

8 février : Départ pour le bivouac

IMG_7114Ce matin nous partons pour installer notre campement. Les conditions météo sont assez difficiles. Une température plutôt douce à l’entrée du parc national rend la neige particulièrement collante et la traction des pulkkas difficile. De plus, un violent vent de face complique un peu plus encore l’avancée du groupe en direction des hauts plateaux où nous cherchons les traces d’un troupeau de bœufs musqués.

Les paysages extraordinaires et d’une telle immensité, le spectacle est difficilement descriptible mais l’effort ne nous empêche pas d’en profiter. Après environ trois heures de marche, nous trouvons trouvons un premier troupeau. Dovrefjell037_080216Nous décidons donc de poursuivre un peu la marche pour installer le camp à environ deux kilomètres de leur emplacement et nous installons notre campement entre les monts Kolla et Vesl-Nystugguhøa. Une fois les tentes montées, nous retournons sans perdre de temps vers ce troupeau, équipés de notre matériel photo pour réaliser quelques images et profiter de belles observations avant la tombée du jour.

Le soir, de retour au camp, nous nous retrouvons sous le tipi pour le repas. Il faut beaucoup de temps pour faire fondre suffisamment de neige et obtenir assez d’eau pour la nourriture lyophilisée ainsi que pour les thermos qui nous serviront cette nuit. L’énergie du groupe est très positive et les discussions dans le tipi pendant le repas se font dans une ambiance très sympathique.

Vers 20h30, il est temps d’aller se coucher. Se préparer à dormir dans les tentes  en essayant de ne pas mettre de neige partout demande un peu de gymnastique. Cette première nuit, après cinq heures de marche et dix kilomètres parcourus dans la neige en tractant les pulkkas, est vraiment la bienvenue. Nous avons tous besoin d’un peu de repos.

9 février : Baisse de température

Malgré la fatigue de la veille, je n’ai vraiment pas bien dormis, trois heures de sommeil et une longue attente jusqu’à ce que les chants des lagopèdes ne signalent l’heure du réveil. Nous nous retrouvons dans le tipi pour le petit déjeuner et après avoir obtenu suffisamment d’eau pour les thermos de la journée nous partons du campement vers 10h du matin.

Dovrefjell071_090216Les bœufs que nous avons observés hier soir sont un peu plus près de nous. Les conditions météo étant favorables, nous décidons de retourner aujourd’hui auprès de ce groupe. Le vent est tombé et le ciel est dégagé, la température a aussi bien chuté, il fait près de -10°C. Nous passons l’essentiel de la journée vers ce groupe mais durant la journée Sylvain et Patrick ont repéré un groupe qui semble bien plus important proche du sommet du mont Vesl-Nystugguhøa. Ce sera donc notre destination pour demain.

Après le repas dans le tipi et le traditionnel rituel de fonte de neige, nous allons donc nous coucher, et ce soir il fait vraiment froid, le ciel est parfaitement dégagé, la température avoisine -20°C!

10 février : Une belle ascension

Après une nuit presque aussi courte que la précédente et un bon petit déjeuner lyophilisé, nous voici donc partis en direction du mont Vesl-Nystugguhøa situé juste au Nord de notre campement. Il fait froid et plus l’ascension avance plus nous sommes exposés au vent du Nord, particulièrement violent et à la neige qui nous fouette le visage. La montée, en tractant la pulkka, est difficile et à plusieurs reprises j’ai pensé faire demi-tour mais Olivier et moi nous partageons l’effort de la traction en alternance, nous savons que nous pouvons compter l’un sur l’autre pour nous motiver mutuellement et atteindre notre but. L’envie de réaliser ces photos et de repousser mes limites est plus forte que tout. Durant la montée, en passant sur de la neige poudreuse, ma jambe droite s’enfonce soudainement et mon genou s’est bloque. Ce que je pensais sur le moment n’être qu’un léger faut mouvement va finalement me compliquer l’existence plus que je ne l’aurais pensé ces prochains jours…

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En arrivant près du sommet, nous trouvons les bœufs musqués repérés la veille par nos guides. Le groupe est composé d’une quinzaine d’individus dont plusieurs jeunes. Les conditions météo sont vraiment difficiles, le vent souffle à environ 70km/h et la température ressentie est proche de -20°C, peut-être même moins. Mais pour la photographie ce sont des conditions de rêve! La lumière est très changeante et filtrée par quelques passages nuageux. La neige vol dans tous les sens et nous offre une ambiance magnifique, le spectacle est grandiose!

Dovrefjell167_100216En milieu d’après-midi, nous prenons le chemin du retour en direction du camp. La descente est plus facile même si la pulkka pousse parfois fort dans le dos. Et après deux heures à genoux dans la neige pour prendre les photos, les muscles sont bien refroidis. Je réalise alors rapidement que mon genou est bien plus douloureux que je ne le pensais et que la situation risque de se compliquer.

Encore une belle randonnée d’une dizaine de kilomètres aujourd’hui, des souvenirs plein la tête et le plaisir de pouvoir les partager autour d’un thé bien chaud pour se réchauffer. La nuit s’annonce glaciale et le vent est particulièrement violent. 

11 février : Une belle proximité

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Une fois encore, très peu de sommeil cette nuit. Le vent a soufflé fort pendant des heures et ce matin les tentes sont couvertes de neige au point que des congères se sont formées au pied de chaque tente. Les sacs de couchage sont très humides à cause de la neige sur les tente qui a empêché la leur ventilation toute la nuit.

IMG_7107Au petit-déjeuner, après discussion, étant donné l’impossibilité de faire sécher les tentes et les sages de couchages, nous décidons d’un commun accord de retourner au chalet ce soir au lieu de rester une nuit de plus en bivouac. Mais avant de replier le camp nous profitons de l’incroyable lumière matinale pour retourner vers le petit groupe de bœufs proche du campement. La lumière est magique, le vent du Nord souffle vraiment fort et la neige vole dans tous les sens. Mais les bœufs s’approchent de nous plus que nous ne l’aurions espéré et toutes les conditions sont réunies pour réaliser des images hors du commun, le spectacle est majestueux. Après deux heures de photo et observation, le groupe de bœufs disparaît dans un nuage dans le blizzard, il est temps de retourner au campement et de tout replier pour revenir au chalet.

Au file de la marche, le vent des calme peu à peu et le ciel se dégage. Les paysages sont vraiment splendides. A moins d’un kilomètre de la voiture, nous traversons une zone où la neige est particulièrement poudreuse et profonde, le passage, bien que court, nous demande un très gros effort, mon genou devient terriblement douloureux et chaque pas est une torture. Après cette belle randonnée d’une dizaine de kilomètres, nous rejoignons la sortie du parc national et prenons la voiture laissée ici trois jours plus tôt pour retourner au chalet.

12 février : finir en beauté

IMG_7153Ce matin, étant donné que nous sommes revenu au chalet, nous allons pouvoir partir avec le strict minimum pour la journée. Sylvain et Patrick ont obtenu une information intéressante. Non loin du sommet du mont Vålåsjøhøe, un groupe d’une petite vingtaine de bœufs musqués a été repéré il y a quelques jours. Nous partons donc à leur recherche. L’ascension est particulièrement raide, heureusement le vent dans le dos facilite un peu la progression. La lumière est absolument incroyable. Arrivés au sommet, nous trouvons le troupeau de bœufs en contrebas de l’autre côté de la montagne. La descente se fait dans une neige très poudreuse et particulièrement profonde, je me demande alors si je vais pouvoir terminer la marche et retourner au chalet. Chaque pas est une véritable souffrance tant mon genou est douloureux. 

Dovrefjell282_120216Le troupeau se montre particulièrement craintif, nous prenons donc beaucoup de temps pour les approcher très lentement mais avec succès. La lumière est  agréable et très changeante mais les boeufs sont sur une crête en plein vent. Après deux heures sans bouger, notre groupe commence vraiment a souffrir du froid, la température ressentie est probablement proche de -25°C. Les boeufs étant particulièrement inactifs, nous décidons de prendre le chemin du retour. Un retour qui s’est transformé en véritable chemin de croix pour moi, mon genou étant plus douloureux que jamais, je ralentis le groupe malgré moi et revenir au véhicule nous prend bien plus de temps que prévu.

Arrivés au chalet après cette nouvelle randonnée d’une dizaine de kilomètres, il est temps de préparer les bagages pour le retour. Puis, à l’heure du repas, de profiter pour une fois non pas d’un sachet de nourriture lyophilisée mais d’un vrai repas norvégien. Une excellente soirée autour d’une belle table, un bon repas accompagné d’une délicieuse bière issue d’une micro brasserie locale et une ambiance très joyeuse viennent couronner cette magnifique semaine d’aventure où nous avons rencontré toutes les conditions météorologiques et lumières que nous pouvions espérer. Une expérience unique, tant sur le plan humain que les moments que nous avons vécus en pleine nature.

Vous pouvez également retrouver un petit résumé de ce séjour dans le journal « Terre & Nature » du 7 avril 2016. Toutes les photos de ce séjour sont disponibles sur mon site internet : Bricephoto.ch

Boeufs musqué

 

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