Alaska 2014 : Pays des ours bruns

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Comme pour la plupart de mes voyages, c’est le potentiel photographique qui guide mes choix de destinations. Photo animalière ou de paysages, les deux quand c’est possible !

Bien entendu, partir pour de la photo animalière peut demander d’embarquer beaucoup de matériel, lourd de surcroît! La photo de paysage est un peu moins pesante sur le dos mais combiner les deux revient souvent à renoncer aux longues randonnées, à moins de pouvoir laisser une partie de l’équipement dans un lieu sûr.

L’Alaska (extrême Nord-Ouest des USA) faisait partie des destinations que j’avais sur ma Bucket List depuis un petit moment, surtout pour aller y observer les ours bruns (environ 35’000 dans cette partie du monde) pêcher lors de la remontée des saumons qui reviennent de l’océan pacifique, en direction de leur rivière natale après un voyage de plusieurs milliers de kilomètres. Et ça c’est le premier point impressionnant, toujours à la même période, toujours dans la rivière où ils sont nés !

Pour s’y rendre le plus simple c’est un vol directe, il n’y a pas beaucoup de choix, seule une compagnie offre une liaison entre l’Europe et Anchorage. Enfin quand je dis directe il faut entendre escale à Francfort.

Après 10 heures de vol et une nuit à Anchorage, direction l’aéroport pour un vol interne d’une heure environ en direction de King Salmon ou nous avons pris un hydravion pour un autre vol de 25 minutes en direction de Brooks Camp. Notre première étape étant le parc national de Katmai pour 3 nuits en camping sous tente.

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Le premier site que nous avons choisi nous emmenait donc à la chute de la rivière Brooks (Brooks Falls). C’est un endroit connu des photographes et vidéastes. Un spot unique qui permet d’observer jusqu’à une vingtaine d’ours en train de pêcher les saumons qui tentent de franchir cet obstacle naturel pour retourner frayer sur leur lieu d’origine. On peut ainsi y observer bon nombres de techniques de pêche différentes, en fonction de leur âge mais aussi des emplacements disponibles. Les gros mâles dominants ne laissent pas leurs places préférées sans un réel affrontement auquel les plus jeunes auraient bien tort de s’essayer. En fonction des ours, de leur taille, âge, poids… il existe plusieurs techniques de pêche. Certains patientent au pied de la chute jusqu’à ce que le saumon leur passe entre les jambes, technique simple et efficace quand les saumons sont nombreux qui de plus ne demande qu’un minimum d’efforts. D’autres se positionnent en haut de la chute et attrapent les saumons en vol. Mâchoires ouvertes et pattes prêtes à frapper le premier poisson qui passe. Mais l’efficacité de cette technique impressionnante varie selon bon nombre de facteurs (emplacement du saut, niveau de l’eau, taille des saumons et des groupes qui se présentent à la chute et enfin expérience et âge des ours). Une autre technique consiste à avancer dans la rivière les yeux et le museau sous l’eau pour y attraper directement les proies (seules les oreilles restent en dehors de l’eau pour rester attentifs aux dangers environnants. La dernière dont les plus jeunes semblent particulièrement adeptes consiste à repérer un banc de saumon en se cachant à l’ombre des feuillages et courir après en sautant dessus. Cette technique demande en effet plus d’énergie et de mobilité, ce qu’un ours de 600 kilos fera plus difficilement qu’un individu de 400 kilos. Son succès dépendra plus de la rapidité et de l’agilité du grizzli que de sa force et de sa taille.

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Ce qui surprend également c’est la délicatesse avec laquelle les ours mangent leur saumons. Ils commencent systématiquement par lever la peau (et la manger) mais avec de telles pattes et pareille mâchoire il semble impossible de le faire avec tant de précision. Il est fort probable qu’avec un couteau de chef je ne le ferai pas aussi bien sur un plan de travail, dans ma cuisine!

La migration annuelle des saumons régule bien plus que la vie des pêcheurs de cette région. Elle fait partie des mystères de la nature, comme la migration des gnous au Kenya et des papillons au Mexique. C’est une force que rien ni personne ne serait arrêter, qui pousse ces saumons à retourner sur leur lieu de naissance pour pondre à leur tour, même si cela les oblige à s’exposer aux pattes des ours, comme les gnous s’exposent aux mâchoires des crocodiles en traversant la rivière Mara.

Mais sans cette grande migration, un peu plus menacée chaque année par la sur-pêche, conditionne non seulement la survie des différentes espèces de saumons mais également de nombre d’oiseaux et mammifères dont essentiellement le grizzli (mais aussi loups, renards, lynx…)

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A la sortie de l’hibernation (qui dure près de 6 mois), les ours ont perdu environ 50% de leur masse corporelle ! Et les quelques baies, herbes ou carcasses disponibles à la fonte des neiges ne reconstituent en aucun cas les réserves de graisses perdues pendant le grand froids. Le saumon est donc un plat de choix. Un kilogramme de saumon sauvage représente environ 1800 calories (l’équivalent de 9 cheesburgers). Un ours brun adulte peut ingurgiter jusqu’à 45 kilos de saumon par jour, soit environ 80’000 calories !

Au bord du lac Naknek, on croise tous les jours des ours sur la plage, là même où s’amarrent les hydravions… alors quand on arrive sur un chemin on fait comme avant de traverser une route… on regarde bien de chaque côté !! Mais à condition de respecter quelques règles de savoir vivre avec la nature, aucun problème avec les ours ! Prudence toutefois, un adulte atteint très rapidement la vitesse de 50km/h !

Du camp jusqu’à Brooks Falls, 2.5km de marche au milieu entre étangs, rivière et forêt ; parmi des ours en liberté… cela va de soi. La chute quant à elle, est particulièrement bien orientée ; face au soleil le matin, la lumière dans le dos le soir, les possibilités n’en sont que plus nombreuses. Les plateformes d’observations sont bien aménagées et l’espace, même s’il est un peu réduit, permet tout de même de s’installer confortablement avec son trépied et un gros sac photo au sol.

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Arrivé sur place le matin à 7h l’estomac vide (une des règles est l’interdiction formelle de transporter de la nourriture hors de la salle réservée aux repas), nous voilà donc en place à la chute pour 3-4 heures de photos intensives. Les ours sont au rendez-vous malgré le fait que le pique de la migration, qui peut voir jusqu’à 100 saumons par minutes essayer de franchir la chute, ait eu 3 semaines d’avance cette année (mi-juin). Les plus gros bancs de poisson sont déjà passés mais il en reste suffisamment pour tenter de réaliser quelques belles images. Il aura fallu cependant se montrer très patient. Les saumons remontent par groupe, il peu donc y avoir plusieurs heures d’inactivité vers les chutes et il n’est pourtant pas question de s’endormir sur ses lauriers! Le défi consiste donc à passer le plus de temps l’oie dans le viseur, le doigt sur le déclencheur et les réglages ajustés aux changements de lumière pour se donner un maximum de chances de capturer l’image tant espérée du saumon en plein vol, terminant sa course dans la gueule de l’ours affamé. Le saumon ne reste en effet qu’une demi-seconde à peine hors de l’eau, il est donc impossible d’ajuster le cadrage ou les réglages au moment de prendre la photo. Et même en étant prêt à 100% il arrive encore de manquer la photo. Après plusieurs heures la concentration diminue progressivement et il devient vraiment difficile de réagir au dixième de seconde. Ces mêmes fractions de secondes qui feront que soit la photo sera bonne, soit elle sera bonne… pour la poubelle!

En milieu de journée donc, retour à la tente pour un peu de repos et manger un morceau. Mais pas le temps de faire une sieste, l’idéal est d’être de retour à la chute vers 15h pour surveiller un peu l’évolution de l’activité avant de reprendre les photos de 16h à 22h environ. Puis on revient à nouveau au camp avant qu’il ne fasse trop nuit, pour des raisons de sécurité évidentes. Mais à 22h30 il est trop tard pour avoir un repas à la salle de restauration, il est donc temps de se poser sous la tente et de dormir, les deux jours suivants auront le même programme, il faut se ménager un maximum pour tenir la distance.

Au bout de presque quatre jours sur place, de belles images plein les cartes mémoires et de nombreuses observations qui nous laisseront des souvenirs impérissables, il est temps de reprendre l’hydravion qui nous emmènera à King Salmon pour la correspondance vers Anchorage ou nous attendent 36 heures de détente et de dégustation des produits locaux (saumon sauvage frais, bières…)

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La seconde étape de notre voyage nous attend, direction le parc national de Lake Clark et Silver Salmon Creek Lodge. Cette fois-ci nous ne partons pas de l’aéroport, mais de l’aérodrome. Décollage sur une petite piste en gravier pour un vol de 1h30 environ à bord d’un Beaver de 1952, piloté par un petit jeune de 22 ans… rien de très rassurant mais au final tout s’est bien passé… même si la dégustation de bières de la veille a rendu le vol plus long qu’il n’était en réalité. Atterrissage sur la plage, à marée basse.

Confortablement installé dans une belle petite cabane sur un site hébergeant une trentaine de personnes, nous passons 4 nuits sur ce lieu magique, très différents des chutes de Brooks mais particulièrement bien intégré dans son environnement. La côte est bercée par les marées, les zones marécageuses s’étendent à perte de vue et les montagnes majestueuses offrent un arrière-plan digne de nos belles Alpes. Différentes activités sont proposées, les guides sont présents pour accompagner les observateurs et autres photographes alors que certains sont venus ici pour la pêche au saumon. La grande migration n’est pas encore arrivée dans cette zone qui n’abrite pas les Sockeye comme à Brooks. Parmi les quelques variétés migrant dans le Pacifique, ceux qui se rendent ici n’arriveront que fin août. Mais quelques-uns sont déjà dans la région.

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Nous avons donc complètement changé de type de photo. Nous croisons autant des grands ours mâles que des mères avec leurs petits, ce qui n’était pas le cas à Brooks Falls, car les petits sont bien trop en danger lorsque les mâles solitaires sont présents. Les espaces étant bien plus grands, il y a assez de place pour tout le monde sans que les petits ne courent trop de risques. La météo est plus « côtière ». La brume du matin, parfois épaisse, nous laisse deviner les silhouettes d’ours se mouvant lentement. Ils apparaissent et disparaissent tout aussi vite, cette ambiance un peu mystique est envoûtante.

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Le programme photo est bien chargé ici aussi. Pendant 5 jours, environ 12 heures par jours à pister et photographier les ours. Mais le lieu est idyllique, les observations nombreuses et les jours défilent à grande vitesse. Une des observations les plus marquante est probablement une spécificité de la région, les ours bruns de la côte (contrairement aux grizzlis qui vivent plus dans les terres) , ne s’aliments pas uniquement de saumon, d’herbes et de baies de toutes sortes mais également de coquillages qu’ils dénichent dans le sable à marée basse (claming). Nos journées sont donc avant tout organisées autour du rythme des marées. Nous avons eu de la chance avec des coefficients assez importants. Voir ces ours de près de 600 kilos chercher des coquillages de quelques grammes et les extraire de leur coquille avec une telle dextérité est très surprenant. Assister à l’apprentissage de cette technique des jeunes oursons par leur mère l’est encore plus !

Attention au matériel photo cependant ! Le sol est instable, les trépieds s’enfoncent et basculent sans prévenir… l’eau de mer constitue un réel danger. Et les mouvements brusques sont déconseillés, surtout quand maman ours (environ 500 kilos) vient chercher un coquillage tellement prêt de votre trépied que l’appareil ne peut plus faire la mise au point. Là, on retient un peu son souffle, on sent quelques gouttes perler sur son front et le cœur qui bat la chamade… même si au final elle n’a que faire de ma présence, elle reste vigilante en permanence, ses deux petits rendent son instinct maternel plus réactif que jamais.

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Une excursions de quelques heures en bateau en direction de Duck island nous aura aussi permis de rendre visite à une colonie de Macareux pour y réaliser quelques photos très sympathiques de ces oiseaux atypiques. Perchés sur des falaises inaccessibles, il aura fallu jouer d’ingéniosité et de quelques acrobaties pour aller les photographier sans souffrir d’un trop gros effet de plongée et sans les déranger sur cette petite île.

Mais voilà, quatre nuits sont déjà passées, il est temps de remonter dans le Beaver qui nous ramène à Anchorage, de survoler une dernière fois ces paysages sauvages, faits de rivières et de montagnes à perte de vue et de rentrer à la maison. Sans aucun regret toutefois, car le voyage s’est parfaitement déroulé mais avec un brin de nostalgie parce que c’était vraiment une belle et intense expérience ! La rencontre avec les ours bruns me laissera un souvenir impérissable.

A ceux qui se demandent quel matériel j’ai emporté avec moi, vous trouverez une liste ci-dessous. Tout n’est pas indispensable bien entendu, mais comme toujours, au risque de manquer de l’objectif que j’aurais laissé chez moi, j’ai préféré tout embarquer, ou presque… Un appareil avec un bon autofocus et un bon téléobjectif sont toutefois à privilégier. La lumière n’est pas toujours abondante, et lors des scènes de pêche, tout va vite, très vite !

Pour ce voyage, je suis donc partis avec 17 kilos de matériel photo (en plus bien entendu du bagage et du matériel de camping), il va s’en dire qu’au moment de monter dans l’avion, il vaut mieux se montrer souriant, les dimensions du sac photo sont aux normes, le poids du sac un peu moins…

Matériel photo emporté :

  1. Sac Gura Gera Bataflae 32L
  2. Canon Eos 1D-X et un accu
  3. Canon Eos 5D Mark III et 3 accus
  4. Canon EF 24-70 f/2.8 L II USM
  5. Canon 70-200 f/4 L IS USM
  6. Canon EF 200-400 f/4 L IS USM + ext 1.4
  7. Canon EF 600mm f/4 L IS II USM
  8. Cano Ext 1.4x III
  9. Monopod Gitzo GM2541
  10. Trépied Gitzo GT2540LLVL
  11. Rotule Wimberley II
  12. Rotule Manfrotto 234
  13. Housses de pluie LensCoat
  14. GPS Canon GP-E2
  15. Mac book Air et disque dur externe pour les sauvegardes
  16. 100 Go de cartes mémoires Sandisk
  17. Câbles, chargeurs…

Quelques informations générales sur les ours :

  • Ils sont au sommet de la chaîne alimentaire. Omnivores, ils se nourrissent aussi bien de baies, de plantes que d’autres animaux. Ils sont adaptés à la vue dans des habitats très variés le long de la côte ouest des Etats-Unis.
  • Les Grizzlis (Ursus Arctos horribilis) et ours bruns (Ursus Arctos) sont techniquement différents bien qu’ils appartiennent tous deux à la même espèce. Alors que les Grizzlis vivent plutôt dans un milieu composé de forêt, rivière et montagne les ours bruns sont plutôt côtiers et se nourrissent essentiellement de saumons. Toutefois, les deux variétés d’ours bruns peuvent se croiser. Il est visuellement difficile de les distinguer.
  • A la naissance les oursons pèsent environ 500 grammes. Un adulte pèsera entre 400 et 600 kilos  selon la saison et sa taille.
  • En été les ours mangent jusqu’à 45 kilos de saumon par jour ce qui leur permet de reconstituer leurs stocks de graisse au rythme de 2-3 kilos par jour (rien que pour le gras).
  • Leur espérance de vie est de 20 ans environ.
  • En Alaska, leur nombre est estimé de 32000 à 45000 (grizzlis et ours bruns confondus).

Quelques informations sur le voyage :


Pour ce voyage, comme à mon habitude, j’ai tout organisé moi-même (dans la mesure du possible, ça limite les coûts).

  • Vols internationaux avec Condor (Genève-Francfort-Anchorage) : environ 1000€
  • Nuits à Anchorage (1 à l’arrivée, 2 entre Katmai et Lake Clark, 1 avant le retour). Les nuits intermédiaires font perdre un peu de temps mais les vols internes sont susceptibles d’être fortement retardés ou annulés très facilement, on ne peut pas envisager d’en enchaîner deux de suite ou avec un retour long courrier. environ 60€/nuit
  • Brooks Camp, réservé sur le site du parc national de Katmai. Attention les réservations pour le camp ouvrent les premiers jours de janvier pour l’année et les places partent très vite. La période des saumons se remplit en quelques heures. Vol environ 500€ (Anchorage-King Salmon-Brooks Camp) et nuits à 20€/nuit au camping ou 200€/nuit en cabine. (c’est Brooks Camp qui réserve le vol).
  • Silver Salmon Creek réservé sur leur site. C’est le patron, David Coray, qui a construit le site, 30 ans de sa vie… un passionné, au sens de l’hospitalité irréprochable. Budget 3000€ pour 4 nuits, vol Anchorage-Silver Salmon Creek inclus, pension complète, guides…

Coût Total : 4700€ (pour deux semaines, tout inclus)

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